Les médias et l’opinion se sont polarisés sur la désinvolture et les négligences du capitaine pour expliquer le naufrage du bateau de croisière Costa Concordia le 13 janvier 2012 sur les côtes italiennes. Ils ont ignoré une cause profonde : la diversité linguistique, dont le rapport d’enquête souligne l’ampleur. L’équipage provenait de 38 nationalités et les passagers appartenaient à 26 pays différents. Dans un tel contexte, on conclura spontanément que l’anglais était la langue de travail officielle, même si ce n’était pas la solution idéale. Non ! C’était l’italien. L’étonnement des enquêteurs s’exprime dans un langage diplomatique : « Le choix d’une langue répandue, internationale, connue et partagée aurait apporté des avantages concrets à la communication entre les membres d’équipage, et entre ces derniers et les passagers, surtout dans les situations où la compréhension mutuelle est de première importance. » Le rapport dresse toute une liste de défauts de communication qui se sont produits à des instants décisifs du fait de la diversité des langues.
Le chef mécanicien, responsable de tous les équipements, de nationalité bulgare, témoigna qu’il n’avait pas bien compris les ordres donnés en italien (la langue de travail officielle) lors de la crise.
Beaucoup de passagers témoignèrent que plusieurs membres d’équipage ne comprenaient pas l’anglais.
Le timonier déclara aux enquêteurs qu’il n’avait pas compris les ordres du capitaine, bien qu’ils aient été en anglais. D’autres sources ont confirmé qu’à deux reprises, il n’avait pas compris les instructions d’urgence données en anglais. Rappelons que le timonier est celui qui tient la barre.
Le maître d’équipage, pour la descente des canots de sauvetage, donna les instructions en anglais et en italien aux hommes d’équipage, alors qu’ils étaient latino-américains. Or ces derniers parlent très mal l’anglais.
Le responsable de la sécurité n’a pas su dire aux enquêteurs quelle était la langue de travail requise dans le système de management de la sécurité.
Le responsable de la formation à la sécurité déclara que l’italien et l’anglais étaient les deux langues de travail, mais que c’était l’anglais lors des exercices.
Quand un chef mécanicien, un timonier, des membres d’équipage chargés de tâches essentielles ne comprennent pas les ordres, parce qu’ils ne connaissent pas la langue dans laquelle ils sont donnés, nul besoin d’un capitaine désinvolte pour aller à la catastrophe.
Récit de Christian Morel
